Vélo : cinq excellentes raisons de se (re)mettre à pédaler

France-Inter - 28 mai 2020

En ces temps de crise sanitaire, le vélo est bon pour la santé car il évite de s’entasser dans le métro et permet de faire du sport. Mais il a d’autres qualités ! Voici cinq arguments en faveur d’une activité redevenue populaire.

La « petite reine »  sera-t-elle la grande gagnante du déconfinement ? Pour éviter les transports en commun, bondés, les Français se sont rués sur leur bicyclette à la sortie du confinement pour le plaisir de retrouver la liberté ( 151% de fréquentation cycliste pendant le  week-end suivant le 11 mai selon Vélo et Territoire !). Mais le vélo offre d’autres avantages. Petit éloge.

Le vélo : de quoi parle-t-on ? 

Frédéric Héran, urbaniste : « Le vélo que nous connaissons aujourd’hui date de 1891. En Europe, sa pratique se développe dans l’entre-deux guerres pour le travail, le loisir, et le transport de charge. Mais dans les années 1960, sa pratique s’effondre au profit des deux roues motorisées. 

Avant le confinement, le vélo représentait en France 2 ou 3% des déplacements. Ce qui reste inférieur à la plupart des autres pays européens, bien sûr des pays du Nord, mais aussi de la Hongrie et de l’Italie. Sa pratique connaît de grandes disparités : dans des villes très volontaristes, comme Strasbourg ou Grenoble, elle dépasse les 10%, à Paris c’est 5 à 7%. Mais il est très peu utilisé dans les transports périurbains. Aujourd’hui, les choses risquent de changer. » 

Le vélo rend libre

Éric Fottorino, journaliste : « J’ai des souvenirs intenses de sentiment de liberté du jour où on m’a enlevé les petites roues : prendre de la vitesse, sentir l’air sur son visage et échapper aux adultes. Dans les courses de vélo, on parle d’ « échappées », mais je crois qu’on s’échappe toujours de quelque chose quand on part à vélo : de ses soucis, de la vie immobile… J’ai toujours associé la pratique du vélo à la liberté. Malaparte disait d’ailleurs que le vélo est un squelette extérieur. C’est vrai que j’avais métabolisé mon vélo qui faisait d’une certaine manière partie de moi.»

Olivier Razemon, écrivain  : « Il y a ce plaisir long du cyclotourisme qu’on peut pratiquer trois heures, une journée ou trois jours. Je me souviens d’une balade que j’avais faite à côté de Joinville en Haute-Marne, le long de la Marne. J’étais parti pour la journée avec juste un morceau de pain, du camembert et puis un peu d’eau et quelques cerises. C’était vraiment une très belle journée. »

Le vélo, une expérience physique et sensuelle

Éric Fottorino : «  Dans le cyclisme, le plaisir doit l’emporter sur la douleur. Le corps entier est engagé, mais le mental aussi. C’est une autre relation à l’effort. »  

Camille Thomé, directrice du réseau Vélo et Territoire : « Un professeur de vélo d’Amsterdam parle du flow du cycliste. Cet état de flou, c’est la combinaison d’une mobilisation optimale des compétences. Que ce soit pour le tourisme, le sport ou le transport quotidien, le vélo fait appel à tellement de sens qu’il nous augmente.» 

Frédéric Héran : « À vélo, on a vraiment les cinq sens en éveil. La vue, bien sûr, car, comme le dit Didier Tronchet, dans son Petit traité de vélosophie, 

« on vit la ville ou la campagne en cinémascope. On est dans une espèce de travelling permanent »

On est aussi dans un monde d’odeurs qui peuvent être des odeurs de pot d’échappement… mais aussi des parfums printaniers. On est aussi en pleine écoute de l’environnement et des bruits de moteurs, mais aussi des oiseaux, des personnes car on entend les conversations dans la rue. Le toucher est également sollicité, car on est en contact avec l’environnement, l’air, la température, le soleil qui brûle, la pluie qui mouille ou le froid, etc. Même le goût est avivé par l’effort. Je vous assure que quand, quand vous avez un peu pédalé, vous avez une vraie fringale. Tout vous paraît excellent. » 

Éric Fottorino renchérit : « À vélo, c’est une bande-son permanente, tous les bruits changent au fur et à mesure que vous avancez »

Le vélo, un moyen de transport sûr

Camille Thomé : « Lorsqu’on est une femme et qu’on rentre tard le soir à vélo, on se fait beaucoup moins embêter qu’à pied ou en transports en commun. C’est un grand outil d’émancipation et de liberté : on peut rentrer à n’importe quelle heure, on peut aller où bon nous semble et on est quasiment invisible. On passe vite, on ne se fait pas remarquer. » 

Olivier Razemon : « On a modifié les villes autour de la voiture, mais c’est en train de changer. Beaucoup de pistes cyclables sont créées, des carrefours sont aménagés, les feux sont synchronisés autrement. »

« On a la chance aujourd’hui en France, d’avoir un tissu de militants cyclistes sacrément musclés. Des citoyens cyclistes n’ont de cesse que d’interpeller les pouvoirs publics. Et on arrive à  ce cercle vertueux où les élus ont la volonté de faire des choses pour le vélo, Ce n’est plus de l’habillage, c’est devenu une vraie politique publique », constate Camille Thomé.

Le vélo, un instrument de plaisir

Camille Thomé : « Ce qui qui transforme l’utile, l’utilisation du vélo au quotidien, c’est le plaisir. »

Olivier Razemon: « On a remarqué que, même pour les trajets utilitaires à bicyclette, les gens changent d’itinéraire pour le plaisir. Et moi, j’apprécie de pouvoir faire un petit voyage. »

Frédéric Héran : « Il y a un côté magique dans l’équilibre sur deux roues. Ce n’est qu’en mouvement que l’on peut tenir l’équilibre. Il n’y a qu’à regarder la jubilation d’un enfant qui apprend à faire du vélo grâce à la draisienne. Grâce à elle, on n’a plus besoin de petites roues. On avance en poussant avec ses pieds. 

Le vélo est bon pour l’environnement et économique 

Pour Frédéric Héran la bicyclette a fait reculer la voiture : « A Paris, c’est peu connu, mais on a déjà divisé par deux le trafic automobile intra-muros. Entre 1992 et 2019, le trafic s’est réduit de 53 %. C’est une tendance lourde, mondiale, de l’apaisement des villes avec la réduction de l’utilisation de la voiture. Dans le même temps, on a une pratique du vélo multipliée par 10.»

Olivier Razemon : « On peut avoir un vieux biclou retapé, qu’on l’ait acheté 60 euros dans un atelier réparation en étant adhérent à 5 euros l’année, ou qu’on a retapé soi-même. Et on peut aussi avoir un vélo à assistance électrique à 2 700 euros ! C’est quelque chose de très universel. Ce qui explique aussi que le vélo suscite parfois des crispations : tout le monde le connaît, tout le monde en a eu un moment l’usage. Certaines personnes en déduisent à tort que si ce n’est pas possible pour eux, ce n’est possible pour personne. »

Ecouter l’émission d’Ali Rebeihi du 28 mai 2020 – Grand Bien vous fasse “Pourquoi le vélo rend-il heureux ?”

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